De même que je sais toujours par avance que si un grain de sable dans le rouage de mon cours doit me faire bondir d'exaspération ou hurler intérieurement de rire (voire les deux à la fois!), ça se passera forcément en 5ème-truc-what-else?, je sais aussi pertinemment qu'il n'y a que dans la bible-du-bon-goût-qui-paraît-le-lundi de toute fashionista qui se respecte, que je trouverai les plus belles pépites.

Davantage que dans tant d'autres magazines qui revendiquent leur futilité, car notre incontournable magazine de mode pour très riches lorgne quand même du côté du politique ou du social, et ce contraste saisissant ente la position ferme d'idéaliste écolo convaincue et ce plaisir assumé de voir la vraie fourrure revenir sur les podiums ou les épaules des it-girls est toujours forcément à mourir de rire (ou de désespoir, c'est selon).

Toutefois, moi, comme tant d'autres, je suis une  faible femme, et, de temps à autre, mûe par une espèce de masochisme inexplicable, (peut-être le même qui m'a fait considérer un jour que j'étais faite pour l'enseignement), de temps à autre disais-je, je l'achète ou me le fait prêter (victoire des 2,30 euros économisés).

Pourtant, je sais bien que je ne m'y reconnais pas, ni physiquement (vive les rondes qui assument leur grande taille -38- et leur surpoids de 250 grammes!) ni en terme de pouvoir d'achat (pour noël, les plus fauchées trouveront leur bonheur avec des "babioles" à moins de 150 euros!) mais je persiste, je signe, il m'arrive même de l'acheter deux semaines de suite, dans les moments de crise modesque (pas de raison que je ne sache pas que le "carrot pant" était le must de la saison, même si je n'en porterai jamais, eu égard à mes 640 grammes de trop!).

Le dernier que j'aie lu m'a donc été prêté, et date du mois de décembre dernier. Il recensait, entre autres articles, les 50 femmes les mieux habillées, jugées par un jury constitué de quelques sommités de la mode.

J'avoue ma totale insuffisance en ce domaine, car certaines  de ces bienheureuses élues sont à mon avis d'une pétasserie vulgarité sans nom, mais je ne suis pas sonia rykiel,  et n'ai de fait aucune autorité en la matière. Je retourne donc à mes copies, car ma compétence consiste à repérer les fautes d'orthographe et les tournures de phrase maladroites,  et non les fautes de goût et associations de couleurs maladroites.

Toutefois, je ne peux m'empêcher de vous faire partager mon hilarité devant une remarque concernant la it-girl-top-icône-rockeuse-model de tous les temps, LA Kate, celle qui incarne à elle seule le swinginglondon et la branchitude absolue en deux coups de slim délavé et de pieds en dedans. Car ce que nous apprend notre magazine-référence, ou ce que plutôt, il nous rabâche, car nous avions déjà eu cette information essentielle l'année dernière, c'est que Kate, économe et maligne, recycle ses vieilles fringues: et voit-on pas la brindille avec une veste à imprimé léopard , qu'elle avait déjà sur le dos en 2007 et 2008! elle porte donc sa peau de bête depuis trois hivers, ce qui du même coup permet à la dite fringue d'être estampillée du chiquissime sceau "vintage".

Moi aussi je garde souvent le même manteau trois hivers de suite, mais je ne suis pas la Moss et il ne s'agit que d'un bête manteau en lainage noir ou gris, pas d'une pelisse en fauve...

J'ai d'ailleurs comme l'impression que c'est le genre de vêtement qui n'est pas forcément facile à porter, jugez plutôt:

      Bien porté

          Mal porté

Ainsi, de  Kate à Katia il n'y a qu'un (faux) pas!

Mais notre parangon de saine littérature insiste: il n'y a qu'en faisant comme Kate, c'est à dire en choisissant des "imprimés intemporels"et donc au-dessus de tout soupçon que vous éviterez le plantage modesque qui vous fera montrer du doigt des batignolles au quartier latin!

Personnellement je n'aurais jamais pensé que l'achat d'une veste à imprimé léopard soit une telle garantie fashion.

...

Comme quoi je n'ai rien compris.

...

Finalement, je crois que je vais continuer à acheter ELLE.