Je n'aime pas Benjamin Biolay.

Son air hautain, sa lippe dédaigneuse, ses cheveux gras, son allure de dandy destroy...tout me le rend antipathique.

Y compris le remue-ménage occasionné à l'occasion de la sortie de son dernier album, "La Superbe", et les commentaires toujours dythirambiques auxquels on a droit, qui l'associent à un héritier de Gainsbourg et de Rimbaud réunis, rien que ça...

Le papa des kewpies est revenu il y a quelques mois avec l'album, et au bout de deux jours, m'a presque obligée à l'écouter, sous le prétexte que c'était un des plus beaux albums qu'il ait entendus.

j'avais entretemps vaguement lu dans les journaux qu'il équivalait, pour le sublime, au "Fantaisie Militaire" de Bashung, et une telle assertion était pour moi rien moins qu'un crime de lèse-majesté, mais, piquée par la curiosité peut-être, ou voulant me convaincre que tout ça n'était que du flan, plus certainement, je me suis décidée à écouter ce si précieux double-album.

Bof.

Même le morceau "Brandt rhapsody", dont tout le monde nous rebat les oreilles tant l'idée est paraît-il géniale, me semble un peu convenu: cette histoire de couple qui se laisse, au début de la relation, des déclarations érotiques  et enflammées sur le frigo, pour finir par des  petits mots haineux et mesquins de parents divorcés, a déjà été exploitée, à mon humble avis (oui, je sais, vous voudriez des preuves, des exemples, eh bien je n'en ai pas, voilà. Non, je ne suis pas du tout de mauvaise foi.)

Monsieur kewpie, à court d'arguments, avait ajouté :"il y a même une chanson sur ta ville"

N'importe quoi. Je ne suis pas Lyonnaise, d'abord. Ce n'est pas parce que je suis arrivée à Lyon à l'âge de 9 ans et que j'y ai passé 20 ans de ma vie que ça laisse des traces, non?

En plus ça fait dix ans que je vis à Paris. Je suis Parisienne désormais, un point d'honneur c'est tout.

N'empêche que.

Après avoir subi la voix d'outre-tombe et les paroles mi-lyriques mi-incompréhensibles du sieur Biolay pendant les trois-quarts de l'album, et m'être convaincue que non, décidément, ce chanteur me laissait bien de marbre, au septième morceau du disque 2, j'entends presque malgré moi "Lyon presqu'île" et, dès les premières paroles, je n'ai plus du tout la même idée sur la question.

Parce qu'à ce moment précis, il parle de ce que je ressens à chaque fois que j'y retourne et que le TGV fait son entrée en gare Part-Dieu, après avoir longé le parc de la Tête d'Or:

"C'est comme si j'étais parti(e) la veille"

Parce que c'est exactement ça.

A chaque fois que je me promène dans cette ville qui reste une ville de province, pas très grande, habitée de gens pas toujours très chaleureux, invivable en été à cause de la pollution qui y règne, pas toujours belle car abîmée dans certains quartiers par la bétonisation massive subie dans les années 70, je n'en vois que les qualités.

Je n'ai plus aucune objectivité lorsque je suis à Lyon, je m'y sens à ma place lorsque j'y séjourne, comme en ce moment, et que le Sud nous envoie dans l'air ses premières bouffées de printemps.

Peut-être parce que c'est dans cette ville que j'ai "grandi", que j'ai connu mes premières grandes histoires d'amour, d'amitié, de boulot aussi, je crois que Lyon reste ma ville de coeur...

Et puis je retrouve ma chambre, je redeviens la fille choyée par ses parents, je m'engueule à nouveau avec mon frère et cette régression, je l'avoue, me fait le plus grand bien!

Benjamin, je ne t'apprécie pas, mais, sur ce coup-là, je suis d'accord avec toi!

...

"Je ferme les yeux et mange, mange un morceau de soleil"