Oui, je sais, c'est mal! de délaisser ainsi son blog, et de ne me rappeler à votre bon souvenir qu'après deux bons mois...

Petite revue de détails depuis cette rentrée.

Moi, je vais bien, beaucoup mieux que l'an dernier à la même époque. Il n'empêche que novembre reste un mois "difficile" (je travaille dans l'éducnat, je suis donc habituée à manier les euphémismes qui ménagent la sensibilité des élèves et surtout celle des parents!)

La roue de la fortune, c'est bien son principe, laisse certains tranquilles tandis qu'elle en écrabouille d'autres sans vergogne. Malheureusement, les infortunés aplatis sont nombreux, je trouve, en ce moment, ou est-ce juste une vue de l'esprit?

Entre petites contrariétés, gros emmerdements et  vraies tragédies qui touchent des gens plus ou moins proches de ma connaissance, je me sens triste, désemparée (et je m'en veux de ma négligence car pour certains, je n'ai pas entretenu ce fil ténu mais si important de l'amitié).

Et pendant ce temps-là, je continue à prendre ma ligne de métro pour aller enseigner dans cet endroit que j'ai un jour étourdiment qualifié de paradisiaque...

Alors évidemment, je ne me suis pas retrouvée dans un établissement dit "sensible" (que j'aime ces euphémismes, décidément!), car de sensibilité, là-bas, il n'y a pas.

Ni littéraire, ni d'aucune sorte.

Les valeurs que je persiste désespérément et naïvement à brandir (goût de l'effort, respect, tolérance) devant un public adolescent déjà las et blasé, sont démodées. Ridicules.

Bien sûr, je ne peux pas dire que je vive un enfer, mais je me trouve confrontée à des situations que je ne peux pas résoudre, parce que je n'ai pas les codes, parce que je ne suis "qu'une prof". Que je sois une adulte n'y change rien. La notion de "supériorité hiérarchique" n'a pas cours, là-bas. Le seul pouvoir est celui que donne le confort social. Les seules valeurs érigées, en ce lieu de perdition pour la richesse de l'âme, sont le fric et l'apparence. je vous promets que ce n'est pas une caricature.

Les réflexions et les attitudes méprisantes auxquelles j'ai droit dans une de mes classes particulièrement,  me font l'effet d'autant de crachats jetés à la face du savoir et de la morale...

Franchement, certains me vomiraient dessus que ce serait pareil. 

Ce n'est évidemment pas moi personnellement qui suis visée, mais les gens comme moi. Les "non-nantis". Qu'ils soient enseignants, surveillants, personnel de ménage. 

Je préfère ne pas donner d'exemples trop concrets pour ne pas avoir l'air de tenir des propos diffamatoires, mais chaque jour m'apporte son lot de déconvenues, de déceptions. Chaque jour me fait me sentir un peu plus inutile, impuissante.

Allez, juste deux-trois réflexions toutes fraîches (prononcées par des élèves différents mais toujours dans la même classe, pour vous donner une idée de l'ambiance)

-N., qui n'a pas acheté son livre, qui baîlle ostensiblement, discute avec ses copains comme au café du coin, vient me voir à la fin de l'heure et siffle, avec une petite moue dégoûtée: "c'est quoi votre problème? c'est la courtoisie? AVEC VOUS?"

-L., qui se prend pour le nombril du monde, qui parle tout haut, tout le temps, très fort,  venant récupérer son carnet sur mon bureau: "mais j'ai fait des efforts, j'ai pas parlé TOUT LE TEMPS, y a des moments où j'ai rien dit, vous ne vous en êtes même pas rendu compte, TANT PIS POUR VOUS!"

-A., après avoir jeté un morceau de papier par terre, et après mon sermon et mes explications concernant les gens qui vont nettoyer derrière lui: "pour un malheureux bout de papier, c'est pas la peine que ça va leur donner de se pencher pour le ramasser!"

...

Ca se passe de commentaires, non?

Et des phrases comme ça, j'en ai dix par jour, au cours de la même heure, car je ne parle même pas des copains qui interviennent pour mettre leur grain de sel et les défendre.

Le tout généralement accompagné de haussements de sourcil interloqués, d'yeux au ciel, de soupirs d'ennui... Et dire que le deuxième trimestre commence à peine...